Pourquoi limiter la vue des éléments stressants lors des soins ?
- PawLoVet
- 15 juil.
- 3 min de lecture
Chez le vétérinaire, les animaux ne se contentent pas de ressentir ce qui leur arrive : ils interprètent. Et pour interpréter leur environnement, ils se fient à leurs sens… à commencer par la vue.
Or, nous avons parfois tendance à sous-estimer la puissance de ce sens dans la perception de la menace. Pourtant, pour beaucoup d’animaux, ce qu’ils voient suffit à déclencher peur, méfiance ou fuite. Alors si nous voulons limiter le stress, il est urgent de réfléchir à ce que voient nos patients pendant les soins.
Un regard sur l’environnement… et le stress
Nous savons que la peur est l’un des moteurs principaux des réactions agressives ou de fuite chez l’animal en clinique. Cette peur naît de la perception d’un danger – qu’il soit réel ou anticipé. Et parmi les canaux sensoriels impliqués dans cette évaluation de danger, la vue occupe une place importante.
Un animal peut redouter un objet, non pas pour ce qu’il fait ou ce qu’il sent… mais simplement pour ce qu’il est ou semble être.
Prenons un exemple simple : si l’on vous effleure doucement le bras, et que vous pensez qu’il s’agit d’une plume, vous n’y prêterez sans doute pas attention. Mais si vous regardez, et découvrez qu’il s’agit… d’une araignée ? Il est fort probable que cette même sensation devienne subitement insupportable. Ce que l’on voit change profondément la perception de ce que l’on ressent.
Ce que cela implique pour nos patients
Il existe plusieurs cas de figure :
- L’animal a peur d’un objet spécifique (tondeuse, thermomètre, pince à griffes…) : dans ce cas, cacher l’objet peut suffire à réduire le stress. Ce n’est pas le contact qui déclenche la peur, mais sa vue. Il faudra donc envisager une désensibilisation spécifique.
- L’animal est modérément inquiet : il peut alors être rassuré d’inspecter l’objet avant d’être manipulé avec. Cela permet de constater qu’il n’y a pas de danger. Par exemple en laissant l'animal renifler un stéthoscope avant de le toucher.
- L’objet est inquiétant par sa nature : dans ce cas, le fait de le voir peut amplifier la peur, même après inspection. Il est alors indiqué de masquer au maximum sa présence lors de l’utilisation.
Enfin, ne perdons pas de vue que chez les animaux sauvages, il est d’usage courant de bander les yeux pour faciliter les manipulations. Et si cette méthode n’est pas toujours transposable telle quelle aux animaux domestiques, elle n’en demeure pas moins pertinente dans certains cas bien ciblés.
Comment limiter la vue des éléments stressants ?
Voici quelques solutions simples et efficaces :
- Utilisation d’un CalmingCap ou d’un snood (tour de cou) léger. Il est parfois nécessaire que l'animal ait été préalablement habitué à le porter. Une collerette peut aussi avoir cette utilité.
- Utilisation du corps ou les mains du propriétaire pour cacher les éléments stressants. En cachant les yeux ou en se plaçant entre la source de stress et les yeux de l'animal.
- Serviette couvrant une cage, ou directement posée sur un chat ou un petit chien lors de certains soins. Certains l'adorent, mais d'autres peuvent ne pas aimer.
- Panneaux amovibles, paravents, mobilier utilisé pour limiter la visibilité directe des éléments stressants.
- Positionnement adapté : le vétérinaire peut se placer hors du champ de vision de l’animal, en particulier chez le chien, ce qui peut déjà suffire à améliorer grandement la tolérance.
Limites à cette stratégie
- Si l’animal ne supporte pas qu’on touche sa tête, les outils comme le snood (tour de cou) ou le CalmingCap seront inadaptés.
- Si c’est réellement le contact ou la douleur de l’objet qui est en cause, cacher sa vue ne suffira pas à réduire le stress.
- Dans certains cas, cacher l’objet empêche l’animal de se rassurer par inspection.
Comme toujours, il n’y a pas de solution miracle. Il s’agit d’un outil parmi d’autres, à intégrer dans une démarche globale de réduction du stress.

En conclusion
Limiter ce que voit l’animal pendant les soins peut être un levier simple et souvent sous-exploité pour réduire son stress. Que ce soit en masquant un objet connu comme stressant ou en adaptant notre propre position pour éviter d’être perçu comme une menace, chaque détail compte. Car pour nos patients, ce qu’ils ne voient pas… leur fait parfois beaucoup moins peur !



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